Dans une petite cuisine du quartier Kigobe, au nord de Bujumbura, au Burundi, l’effervescence est palpable. Une marmite mijote sur le feu tandis que plusieurs membres de l’Association Together s’activent autour de plateaux soigneusement préparés. À quelques mètres de là, un téléphone sonne. Une nouvelle commande vient d’arriver. Les membres de l’association Together, principalement des réfugiés au Burundi, ont mis en place Foodit, un service traiteur et de livraison de repas à domicile.
Au sein de Foodit, chacun connaît son rôle. Certains préparent les repas, d’autres organisent les commandes ou coordonnent les livraisons. Les effluves d’épices se mêlent aux conversations et aux éclats de rire. Mais derrière cette activité, il y a bien plus qu’un service de restauration : il y a des histoires de courage, de persévérance et de reconstruction.
Cet après-midi-là, les préparatifs marquent une courte pause. Autour d’une table, les membres de Together acceptent de nous partager leurs perspectives à l’occasion de la Journée mondiale du réfugié célébrée le 20 juin de chaque année. , Cette année, elle est célébrée sous le thème « Jusqu’à ce que tout le monde soit protégé ». Les témoignages de ces réfugiés révèlent une réalité souvent absente des débats sur le déplacement forcé : trouver refuge n’est que le début du chemin.
Quand la sécurité ne se résume pas à l'absence de danger
Together rassemble principalement des réfugiés congolais vivant en milieu urbain à Bujumbura, aux côtés de quelques membres de la communauté hôte. Comme beaucoup d’autres réfugiés dans la région, ils ont quitté leur pays pour fuir l’insécurité, laissant derrière eux des maisons, des proches, des carrières et parfois des années d’efforts.
Aujourd’hui, ils reconnaissent avoir trouvé au Burundi un environnement où ils peuvent vivre sans craindre les persécutions liées à leur statut. Cette stabilité est précieuse. Elle leur a permis de retrouver un sentiment de sécurité après des années d’incertitude.
Mais lorsqu’on leur demande ce que signifie réellement être en sécurité, les réponses dépassent largement la question de la protection physique. La sécurité implique aussi la possibilité de reconstruire sa vie, d’accéder aux services essentiels, de gagner dignement sa vie et de se sentir pleinement intégré au sein de sa communauté.
« Pour moi, la sécurité signifie une garantie de la paix, la sécurité morale, financière et politique », explique Malipo Mawombi, vice-présidente de l’association.
Pour les membres de Together, la sécurité signifie aussi pouvoir vivre dignement et envisager l’avenir avec confiance.
Le défi de reconstruire sa vie
Parmi les membres de l’association se trouve Israel Ushindi, un jeune diplômé congolais.
Comme beaucoup de jeunes réfugiés, il est arrivé avec des compétences, des ambitions et le désir de contribuer à la société qui l’accueille. Pourtant, l’accès au marché de l’emploi est resté un obstacle majeur.
« J’ai étudié avec l’espoir de construire mon avenir grâce à mon diplôme. Mais les possibilités sont restées limitées. Il y a eu des moments de découragement, pourtant je n’ai jamais voulu abandonner. »
Pour lui, la difficulté n’est pas seulement de trouver un revenu. Elle est aussi de retrouver une place, une identité professionnelle et la possibilité de mettre ses compétences au service des autres.
« Foodit m’a permis de reprendre confiance. Ici, je peux contribuer, apprendre et avancer avec les autres. Cette initiative me permet de me reconstruire dans la dignité et de trouver ma place au sein de la communauté, » poursuit -t-il.
Son témoignage fait écho à un sentiment partagé par plusieurs membres de Together : trouver refuge constitue une étape essentielle mais la possibilité de contribuer, de participer à la vie de sa communauté et de se projeter dans l’avenir demeure tout aussi fondamentale.
Foodit : une initiative née de la volonté d'avancer
L’idée de Foodit est née d’une conviction simple : malgré les difficultés, il fallait continuer à avancer.
Les membres de Together ont choisi de mettre en commun leurs compétences pour créer une activité qui leur permette de générer des revenus tout en renforçant les liens qui les unissent. Au fil du temps, ce service traiteur et de livraison de repas à domicile est devenu un point d’ancrage pour plusieurs membres de l’association.
Dans la cuisine de Kigobe, chaque commande raconte une histoire de persévérance, mais aussi de solidarité.
Pour plusieurs membres de Together, des initiatives comme Foodit contribuent concrètement à ce sentiment de sécurité qu’ils décrivent. Au-delà des revenus qu’elles génèrent, elles offrent la possibilité de mettre leurs compétences à profit, de participer à un projet collectif et de retrouver une place active au sein de la communauté. La sécurité ne se résume pas à l’absence de menaces. Elle passe aussi par la capacité à gagner sa vie, à subvenir aux besoins de sa famille, à tisser des liens sociaux et à envisager l’avenir avec espoir.
L’association nourrit également d’autres ambitions notamment le développement d’activités complémentaires susceptibles d’élargir les perspectives économiques de ses membres et de renforcer leur autonomie.
Une inclusion qui profite à tous
L’approche de Together repose sur une conviction simple : les réfugiés ne doivent pas être considérés uniquement comme des bénéficiaires d’assistance, mais comme des acteurs à part entière de la société. C’est pourquoi l’association encourage les échanges et la collaboration entre réfugiés et membres de la communauté hôte.
Cette vision se reflète notamment dans Foodit, l’initiative de restauration portée par l’association. Au-delà de sa dimension économique, l’activité crée des espaces où des personnes aux parcours différents travaillent ensemble, partagent leurs compétences et construisent des relations fondées sur la confiance et la solidarité.
C’est le cas de Kwizera Amina Sarah, qui voit dans cette collaboration une richesse pour tous.
« Beaucoup de personnes regardent les réfugiés uniquement à travers leurs besoins. Pourtant, ils ont aussi des compétences, des expériences et des connaissances qui enrichissent notre communauté. Nous apprenons les uns des autres et nous avançons ensemble. »
Son témoignage rappelle une réalité souvent oubliée : l’inclusion ne bénéficie pas uniquement aux réfugiés. Elle renforce également les communautés qui les accueillent. Lorsque les personnes déplacées ont des opportunités de mettre leurs talents à contribution, créer des activités, partager leurs savoirs et participer à la vie locale, c’est toute la société qui en sort grandie.
Écouter les voix qui éclairent le chemin vers des solutions durables
La visite auprès Together s’inscrit dans les efforts de ReDSS visant à mettre en lumière les expériences et les aspirations des réfugiés afin qu’elles puissent nourrir les discussions et les politiques qui concernent leur avenir.
Les échanges avec les membres de l’association montrent que la sécurité revêt de multiples dimensions. Si tous soulignent l’importance d’être à l’abri du danger, leurs témoignages évoquent tout autant la stabilité financière, la valorisation de compétences, les liens communautaires et la capacité à se projeter dans l’avenir.
Comme l’expriment les membres de Together : « Nous souhaitons être inclus dans les systèmes nationaux afin de bénéficier des mêmes possibilités que les autres. ».
Leur message est clair : être en sécurité ne signifie pas seulement être protégé. C’est aussi pouvoir accéder aux mêmes opportunités que les autres, participer pleinement à la vie de sa communauté et construire son avenir dans la dignité.
À l’occasion de la Journée mondiale du réfugié, les témoignages de ces réfugiés nous rappellent une vérité essentielle : les personnes déplacées sont les mieux placées pour définir ce que signifie être en sécurité. Les écouter est indispensable pour concevoir des politiques et des solutions durables qui répondent réellement à leurs besoins, à leurs aspirations et à leur vision de l’avenir.



