Le 7 mai 2025, la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) a organisé une session de compte rendu avec les Réseaux d’Organisations dirigées par des Réfugiés (RELON) du Kenya, de l’Ouganda, du Burundi, de la Tanzanie et de la République Démocratique du Congo, réunis sous la bannière du African Refugee-led Network (ARN). La réunion, co-organisée avec le Secrétariat Régional pour les Solutions Durables (ReDSS) et Oxfam, en collaboration avec le HCR, s’inscrivait dans le cadre d’une initiative financée par l’UE (2023–2027) visant à promouvoir des solutions durables et globales dans la région des Grands Lacs, à travers le dialogue et l’apprentissage entre pairs.
Un échange marqué par l’urgence et la nécessité d’inclusion
La région des Grands Lacs continue de faire face à des crises de déplacement complexes et prolongées. Alors que les besoins augmentent, les financements humanitaires diminuent et que les pressions politiques s’intensifient, l’importance de réponses coordonnées, inclusives et tournées vers l’avenir n’a jamais été aussi évidente.
Cette session a permis de valoriser les perspectives des réfugiés et d’aligner les priorités de la société civile sur les efforts en cours de la CIRGL – notamment en ce qui concerne le l’engagement pris par les Etats membres d’élaborer une stratégie régionale globale sur les solutions durables pour les réfugiés, mais aussi dans le cadre plus large du mandat de la CIRGL en matière de consolidation de la paix, de stabilité régionale et de lutte contre l’apatridie.
L’urgence du moment a été soulignée par une attaque survenue le même jour au Port-Soudan, dans le contexte de la crise en cours au Soudan, la région servant de refuge à un grand nombre de personnes déplacées. Les participants ont également exprimé leur vive inquiétude face à la dégradation de la situation dans l’est de la RDC, où les violences ont de nouveau forcé près de 150 000 personnes à fuir vers les pays voisins. Au Burundi, par exemple, la population réfugiée a presque doublé ces derniers mois, exerçant une pression croissante sur les systèmes locaux et humanitaires déjà saturés. Les participants ont insisté sur la nécessité d’un engagement collectif accru pour assurer protection, ressources et solutions durables aux communautés affectées.
« Tout ce qui est fait pour nous, sans nous, est contre nous »
Un message central s’est dégagé tout au long de l’échange : l’inclusion des réfugiés doit aller au-delà de la participation – elle doit se traduire par un rôle de leadership. La CIRGL a répondu à cet appel, réaffirmant que l’engagement de la société civile ne constitue pas une activité périphérique, mais un pilier fondamental de son approche régionale des déplacements. Les réseaux structurés comme les RELON ont été reconnus comme des acteurs clés pour assurer une coordination efficace et éviter une fragmentation des efforts de plaidoyer.
Un représentant de RELON Burundi a appelé à un changement fondamental de regard sur les réfugiés : ils ne sont pas de simples bénéficiaires passifs, mais des acteurs de changement et des contributeurs aux communautés dans lesquelles ils vivent. Si la protection demeure essentielle, une fois la sécurité assurée, les organisations dirigées par des réfugiés doivent avoir la capacité d’influencer les politiques et les solutions qui les concernent.
Les échanges ont permis d’identifier plusieurs priorités communes pour guider l’action collective :
- Promouvoir l’intégration locale comme solution durable viable pour les réfugiés confrontés à des crises prolongées, en soutenant des politiques inclusives, en renforçant les services dans les zones d’accueil et en favorisant la cohésion sociale – tout en garantissant le caractère volontaire, sûr et digne du retour lorsque les conditions le permettent.
- Renforcer la protection juridique et l’accès à la documentation pour les organisations dirigées par des réfugiés, y compris la reconnaissance officielle des réseaux de réfugiés et le soutien à l’obtention d’une identité légale comme base d’accès aux droits, à la mobilité et aux services.
- Faciliter la liberté de circulation, en lien avec les efforts en cours de la Communauté de l’Afrique de l’Est et de l’Union Africaine pour établir des cadres de mobilité régionaux et lever les obstacles administratifs qui affectent de manière disproportionnée les réfugiés.
- Favoriser l’inclusion économique et l’accès aux moyens de subsistance, notamment par l’accès à la formation, à l’emploi et aux systèmes financiers, et en développant des partenariats concrets avec le secteur privé.
- Institutionnaliser la représentation des réfugiés dans les espaces de dialogue politique nationaux et régionaux – non seulement comme participants à des consultations, mais comme prenantes et acteurs à part entière dans la prise de décision et le suivi.
- Assurer la participation des réfugiés aux processus de paix, y compris dans les dialogues de consolidation de la paix menés par la CIRGL et ses États membres.
Documenter les bonnes pratiques et améliorer l’accès aux données, afin de permettre un plaidoyer éclairé, d’alimenter les stratégies fondées sur des preuves et de renforcer la participation des réfugiés et de la société civile à l’élaboration des politiques aux niveaux national et régional.
Un engagement collectif pour l’avenir
Ce dialogue s’inscrit dans un processus plus large mené par la CIRGL pour développer des approches inclusives et régionales face aux déplacements. Les résultats de cette rencontre alimenteront directement l’élaboration de la stratégie régionale sur les solutions durables pour les réfugiés, ainsi que les échanges en cours avec les États membres sur les enjeux liés aux déplacements et à la paix.
Tous les participants ont réaffirmé leur engagement à poursuivre cette collaboration – non seulement pour faire avancer la stratégie, mais pour garantir que ce processus soit fondé sur le leadership des réfugiés, ancré dans les réalités des communautés, et guidé par une vision commune de solutions durables et inclusives pour les populations déplacées dans la région.



